CRÉTEIL - STADE DE REIMS : 1-1

Samedi 22 février 2003 - 27e journée de Ligue 2 - Arbitre : M. Fraise

ESTEVES 35e pour Créteil - LIABEUF 53e pour Reims

 

Erreur de casting

 

 

Une neuvième réalisation pour Super Cédric

Denis Goavec avait mal choisi son jour pour envoyer Arnaud Balijon refaire ses classes avec la B, lui préférant Hubert Charpentier sur le banc. Pour un gardien remplaçant, les chances d'entrer en cours de jeu sont certes minimes, mais elles existent et c'est un paramètre à ne pas négliger lorsque chaque point, chaque but compte dans un championnat.

Or, à Reims, chacun connaît de longue date la faculté du sympathique "Bébert" à négocier les ballons aériens. Du haut de son mètre 74, le gardien laonnois (tout droit venu du club de Fismes) constitue un mets de choix pour les attaquants adverses et chacun a encore en mémoire le lob des 40 mètres inscrit par le Brestois Quéméner en octobre 2001, devant un public rémois médusé. Ce fut, ce jour là, le seul tir breton du match.

Hier soir, sur la pelouse de Duvauchelle, on a bien cru que l'on allait revivre le même scénario lorsque Tingry dut sortir sur blessure dès la 27ème. De fait, quelques minutes plus tard, la messe était dite. Sur un coup-franc à peine menaçant, Charpentier tentait de "s'élever" devant Esteves (involontairement mis sur orbite par Cyril Lafond) sans parvenir à capter la balle. L'attaquant cristolien n'avait plus qu'à pousser le cuir au fond des filets. 1-0 pour Créteil alors que les Rémois monopolisaient la balle depuis le début de la rencontre. Il y avait de quoi pester contre certains choix hasardeux.

La suite... ce fut quelques nouvelles sueurs froides sur les deux seules véritables actions dangereuses cristoliennes, en tout début de deuxième période. Fort heureusement, l'arrière-garde veillait au grain, suppléant son gardien encore parti à l'aventure sans ticket de retour.

Ce petit orage passé, c'est avec une maestria rarement vue cette saison que le onze stadiste - qui joue désormais à l'extérieur comme à Delaune - allait asseoir son emprise sur la rencontre. A 53e, Cédric Liabeuf, idéalement lancé par Olivier Pickeu (le buteur devenu passeur depuis quelques rencontres), s'offrait un face à face gagnant avec Stéphane Porato. 1-1. Voilà qui était plus conforme à la logique.

 

Tosi n'était pas à prendre

avec des pincettes après le match.

 

Ce score de parité constitue bien entendu un excellent résultat pour le Stade qui parvient ainsi à préserver sa 17ème place, mais le chef-d'oeuvre footbalistique présenté à Duvauchelle dégage un certain parfum d'inachevé. Finalement, on en viendrait même à se demander si Reims n'a pas bêtement laissé filé deux points qui lui étaient dévolus.

 

clic Autre regard

 

 

 

Erreur de casting ? Voire ...

 

Le poil à gratter saupoudré sur le dos d'Hubert Charpentier a été jugé un peu piquant par les instances dirigeantes du club qui sont loin d'attribuer l'entrée en jeu du petit gardien rémois à une erreur de casting. Avec son mètre 74 (et demi), le troisième gardien stadiste ne s'intègre certes pas tout à fait dans la norme de gabarit généralement admise à ce poste - c'était l'objet de cette pointe d'humour malicieusement surdosée -, mais il compense ce léger handicap par "des qualités de vitesse, de vivacité, d'engagement et de lecture des trajectoires" qui lui ont aujourd'hui permis d'accéder à la place de numéro 2.

Les sorties kamikazes de la doublure d'Olivier Tingry au devant des attaquants cristoliens ou les escapades loin de sa cage n'étaient pas non plus le fait d'un moment d'égarement du jeune portier axonais, mais la simple traduction des consignes de Denis Goavec qui l'avait chargé d'occuper une position de libero pour couper les courses rapides d'Helder Esteves.

Olivier Tingry (fêlure au doigt ?) risquant d'être indisponible pour deux à trois semaines, Denis Goavec devrait renouveler sa confiance à Hubert Charpentier, jugé "irréprochable voire décisif à Créteil". Sauf, bien sûr, si Arnaud Balijon revient à son meilleur niveau et efface le souvenir de ses sorties en demi-teinte contre le Club Franciscain et Laval.

Que Denis Goavec se rassure. Il n'est nullement question ici de remettre en cause sa stratégie de préparation ou ses choix mais, bien au contraire, de souligner leur caractère audacieux, de nature à troubler l'adversaire. Si demain Olivier Tingry est titularisé au poste d'avant-centre, cela vaudra sûrement encore quelques traits d'humour qui ne manqueront pas de se retourner contre leur auteur au premier hat-trick venu. M.H.



Les Cristoliens n'avaient que du courage

Dallet contre Liron

Créteil a égaré la clé qui ouvre les portes de la victoire. Depuis le 30 novembre, et un succès acquis sur le score de 3-2 à Wasquehal. Noël Tosi et les siens comptaient pourtant bien la retrouver samedi soir sur la pelouse du stade Duvauchelle à l'occasion de la venue du Stade de Reims, promu cette saison en Ligue 2 et modestement classé à la 17e place avant cette 27e journée de championnat.

Autant chercher un trèfle à quatre feuilles dans une botte de foin ! La chance ne sourit qu'aux audacieux. Les Cristoliens n'avaient que du courage ! ô bien sûr, on peut toujours se dire qu'il y a du progrès tant le souvenir de la déroute vécue devant Châteauroux (0-2) une semaine plus tôt hante encore les mémoires. Cette fois, les Val-de-Marnais n'ont pas capitulé sans combattre. Ils ont fait de leur mieux.

Oui mais voilà, ce n'est pas suffisant pour vaincre. Même une équipe de bas de tableau. Le Championnat de Ligue 2 est impitoyable. «On se contente de ce qu'on a, lâche tristement Noël Tosi. Mes joueurs ont lutté, mais de façon trop désordonnée. Ils ne jouent pas en confiance, car ils subissent une grosse pression du fait de l'accumulation des mauvais résultats depuis le début de l'année.»

Un but signé Helder Esteves en fin de première période autorisait pourtant tous les espoirs. Le goléador portugais (auteur de 40 buts avec les Lusitanos Saint-Maur en CFA il y a deux ans) endossait l'espace d'un instant la panoplie du sauveur. Toujours aussi culotté, il était même à deux doigts de réussir le KO en début de seconde période. Mais son lob astucieux était intercepté in extremis par le gardien rémois, Charpentier. Le vent venait de tourner, car dans la foulée, c'était Reims qui égalisait sur une superbe action de Liabeuf.

Le plus grave est que ce coup du sort n'étonnait même pas les supporters cristoliens présents dans les tribunes de Duvauchelle. Leurs favoris les ont trop habitués à lâcher la proie pour l'ombre depuis de longues semaines. Quand Créteil mène au score, ils attendent le moment où l'adversaire ruinera ses efforts en égalisant.

«A domicile, on n'est pas sereins regrettait Noël Tosi. Je finis par me dire que c'est à l'extérieur que nous pouvons espérer renouer avec la victoire. Peut être que loin de nos bases les joueurs laisseront la peur de mal faire aux vestiaires, et qu'ils retrouveront leur football.»

On peut toujours rêver, mais aussi se demander si ce voeu pieux du coach cristolien n'est pas un aveu d'impuissance. Réponse samedi prochain sur la pelouse d'Istres, un autre mal-classé. Philippe Taron

 

 

En défense centrale, les Rémois ont le choix entre Eric Boniface (parti en Chine), Ludovic Liron (incontestable) ou encore Teddhy Ongoly (qui a rarement démérité). Ce n'est visiblement pas suffisant. Tandis que les défenseurs latéraux Gondouin et Billong ont fait banquette à Duvauchelle, Denis Goavec a choisi de titulariser à ce poste très exposé un milieu de terrain, Christophe Laurent. Il faut admettre que le n°8 rémois s'est merveilleusement bien acquitté de sa tâche.

 

 

 

Plus de 500 Rémois (*) avaient fait le déplacement à Duvauchelle, dont un car d'Ultrem. Une affluence plutôt bien vécue par les services de sécurité bon-enfant des Lusitanos. "Enfin un peu d'ambiance dans notre stade", remarquaient avec humour les stadiers cristoliens. (*) 400 selon les Ultrem, 300 selon L'Union, 40 selon la police.

 

 

 

"Créteil, c'est l'amour Kleenex"

 

Noël Tosi est en colère. L'entraîneur de l'US Créteil-Lusitanos se refuse à jouer les boucs émissaires alors que son équipe traverse une mauvaise passe. Il n'entend pas porter à lui seul la responsabilité des mauvais résultats et dénonce même le malaise qui entoure actuellement le club cristolien.

 

Vous n'admettez pas que vos choix tactiques soient remis en cause. Pourquoi ?

Noël Tosi. Pendant six mois, j'ai effectivement changé de tactique et opéré un turn over. Mais les résultats ont toujours été au rendez-vous et personne ne s'est plaint. C'est mon style. Et puis, il ne faut pas raconter n'importe quoi. Ce n'est pas un schéma tactique qui fait qu'un joueur qui a 20 ballons en donne 18 à l'adversaire. J'ai la cassette pour le prouver.

Maintenant, à partir du moment où l'équipe ne gagne plus, il est normal que des gens contestent. Mais il faut avant tout balayer devant sa porte. Le président préside, le manager manage et l'entraîneur entraîne. A Créteil, ce n'est pas le cas. On arrive même à s'éviter dans le couloir du stade. Il y a une lutte de pouvoir mais je ne sais pas pourquoi.

 

Vous semblez être contesté à l'intérieur du club. Vous sentez-vous menacé ?

Des attaques à mon égard fusent de partout. Je le sais. Ma passion première est le football. C'est mon métier, ma vie. Mais ça dérange certaines personnes que je fasse du théâtre et que j'écrive des romans. Je ne vois pas pourquoi. La nuit, j'ai tout de même le droit d'écrire et mon hobby peut être le théâtre. Mais une chose est certaine. Si on ne veut plus de moi, il faut me le dire. Je m'effacerai. Maintenant, j'aime ce club et les gens qui le composent. J'ai posé la question de confiance à mes joueurs : « Y a-t-il un problème avec moi ? »

 

Que vous ont-ils répondu ?

Unanimement, ils m'ont répondu non ! Il faut donc arrêter de m'em... et de m'expliquer constamment ce que je dois faire et penser. Arrêtons aussi de me demander si je titularise tel joueur car c'est le fils du président ou du kiné ou bien encore de la fermière de Lésigny. Stop ! Je suis Noël Tosi. Je suis quelqu'un d'humain avec un management à la Noël Tosi. Il faut arrêter de me reprocher d'être ce que je suis.

 

Comment expliquez-vous que Créteil, auteur d'un excellent début de saison, nage désormais en pleine crise ?

En début de saison, j'ai réussi avec des petits moyens à construire une équipe, à créer un esprit et un style alors que tout le monde pensait que je n'y arriverais pas. Miracle, nous sommes 5 e du classement avec de vrais batailleurs. Porato, Blondeau et compagnie arrivent alors à Créteil. Nos résultats sont toujours aussi bons. Et tout à coup, le club a la folie des grandeurs. On a pensé qu'il suffisait de rajouter tous les quinze jours deux joueurs pour annoncer haut et fort : on vise la montée en Ligue 1 ! Je ne suis pas d'accord.

Une équipe ne peut pas se défaire et se refaire tous les quinze jours. Les joueurs et les entraîneurs ne sont pas des Kleenex. On m'a mis dans une situation où il était devenu impossible de construire. Créteil, c'est l'amour Kleenex. C'est un club où l'on a le temps de rien faire.

 

Avez-vous le soutien de votre président ?

J'ai des liens extraordinaires avec mon président Armand Lopes et, au lieu d'en dire du mal ou de vouloir l'atteindre en me prenant pour cible, on ferait mieux de lui faire confiance. Il veut construire quelque chose de grand dans le Val-de-Marne. Alors, arrêtons de tourner en rond et de nous mordre la queue. Il faut se mettre autour d'une table et discuter. C'est plus important que de tenter d'affaiblir notre club. Mais A dit du mal de B et B dit du mal de A, alors...

 

Quel est le remède aux maux de Créteil ?

Le dialogue fait avancer les choses. Je ne peux pas continuer à vivre ça. C'est inhumain. Je n'ai rien demandé à personne. Alors, installons-nous autour d'une table et discutons. Je pense toujours être l'homme de la situation. Je suis prêt à construire un vrai club.

Recueilli par Johann Boullé (Le Parisien)