Samedi 3 mai 2003

 

Boniface côté... pile

(avant Gueugnon-Reims où Eric Boniface a marqué un but contre son camp à la 4e minute)

 

Le Martiniquais du Stade s'est façonné une âme de forgeron. Ce soir, dans son jardin gueugnonnais, il sera forcément le dernier à lâcher le morceau.

 

De la frustration peuvent naître les grands destins. Eric Boniface, au fil de sa longue carrière, a appris à relativiser les impondérables du métier. S'il y avait un match qu'il souhaitait jouer, c'était bien ce Reims-Gueugnon du 16 novembre 2002. Mais ce soir-là, en froid avec son coach, Marc Collat, il avait été « expédié » à Chaumont pour un derby champenois de CFA2 sans saveur.
Près de six mois ont passé et le défenseur martiniquais se force de tirer un trait sur ce passé si présent. Ce soir, il retrouve « sa » famille, « sa » pelouse du stade Jean-Laville avec les certitudes d'un homme apaisé et l'espoir que ses partenaires seront aussi motivés que lui à l'idée de glaner les trois points qui renforceront ce mince espoir de maintien.


Eric, ce soir vous retrouvez vos racines gueugnonnaises ?
« C'est mon coin, ma terre. La Saône-et-Loire représente beaucoup pour moi. J'y ai fait construire une maison, j'y ai passé les plus belles années de ma carrière et j'y passerai peut-être le reste de ma vie ».


Dans quelles circonstances vous êtes arrivé chez les Forgerons ?
« J'ai effectué toute ma formation à Sochaux. En janvier 1999, Philippe Anziani qui venait de remplacer Farouk Hadzibegic, m'a fait comprendre que je n'entrais pas dans ses plans. J'ai préféré un prêt à Gueugnon que passer le reste de la saison à végéter en CFA2. D'autant que Gueugnon jouait la montée en D1 avec trois points d'avance sur le quatrième ».


A la fin de la saison, vous êtes quand même retourné à Sochaux.
« Oui, car je voulais saisir ma chance. Mais Anziani a souhaité repartir avec un groupe de jeunes comme Frau ou Diouf. Il ne comptait plus sur moi et j'ai signé pour deux ans à Gueugnon, me rapprochant ainsi de ma belle-famille. La première saison, nous avons terminé 5e et la suivante nous avons remporté la Coupe de la Ligue après avoir été éliminés en 8e de finale de la Coupe de France aux tirs au but par Nantes ».


Comment Gueugnon est-il passé de la Coupe d'Europe à la queue de la L2 ?.
« Après la victoire en Coupe de la Ligue, les joueurs étaient très sollicités. Ils avaient le choix entre partir ou rester pour jouer la Coupe d'Europe. Beaucoup d'entre eux (Roda, Chabert, Distin.) ont opté pour un transfert. L'équipe n'était plus compétitive. Sortis par Iraklis au premier tour, nous avons rencontré des difficultés en championnat. C'était difficile de jouer sur quatre tableaux et nous nous sommes sauvés in extremis ».


Pourquoi alors avoir quitté la Saône-et-Loire ?
« Avec Noël Tosi qui avait remplacé René Le Lamer, nous avons bien entamé la saison suivante. Mais les résultats n'ont pas suivi. Rapidement à l'abri d'une éventuelle descente, nous avons terminé en roue libre. J'arrivais en fin de contrat et Gueugnon ne me proposait qu'un an supplémentaire avec en plus un effort financier à faire. Je pensais aller à Clermont, lorsque Reims s'est manifesté. Comme mon frère Fred était sur le point de signer en Champagne, j'ai choisi le Stade ».


On évoque souvent l'esprit forgeron. Comment se matérialise-il ?
« Gueugnon est un gros village de 9.000 habitants. Les spectateurs travaillent dans les forges. Ce sont des gens simples, modestes qui apprécient les joueurs qui ont le sens du sacrifice. Là-bas, il faut savoir donner pour recevoir. Il existe une solidarité sans faille. Les anciens restent au club pour y inculquer cet esprit. Quand j'y retourne, je suis accueilli les bras ouverts. La richesse de Gueugnon, c'est son savoir-faire. Ce sont les petits-déjeuners communs entre joueurs et une grosse envie de renverser les montagnes ».


Le Stade semble avoir retrouvé son enthousiasme. Le maintien est-il possible ?
« Ca va un peu mieux, mais il ne faut pas s'enflammer, car si on ne prend qu'un point et que Beauvais l'emporte, nous nous retrouvons encore derniers. L'objectif est d'aborder les matches les uns après les autres. Il nous reste quatre rencontres pour sauver le club. Ce n'est pas évident, il va falloir gérer les appréhensions».
Recueilli par Gérard Kancel

 

 


"Vu des Tribunes" : l'actu du Stade - Rédaction-conception : Michel HAMEL